Sandra Calligaro
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PARIS / KABOUL

A Paris, des centaines de jeunes afghans gravitent autour du square Villemin, point de chute stratégique, entre la gare de l’Est et la gare du Nord. Certains y attendent le train ou le camion qui les conduira à l’étape suivante : la Grande Bretagne, la Hollande, la Norvège. D’autres espèrent trouver à Paris une place dans un foyer, une réponse favorable à leur demande d’asile, une autorisation de séjour, de travail.
Parmi eux, K. : il a décidé de fuir son pays avant tout "pour se sauver lui-même", ses parents ont été assassinés pour des raisons politiques, son rêve est simplement de "pouvoir avoir des amis, marcher librement dans la rue, étudier, travailler."

A quelques milliers de kilomètres des pelouses du parc, les familles. Celle de A. habite en banlieue pauvre de Kaboul. Le père part tous les matins chercher du travail au bazar ; le frère aîné a travaillé pendant un temps dans une ONG, mais il n'arrive plus à trouver de travail. Lui aussi voudrait partir, s'il avait les moyens. Il se doute bien que la vie de son frère à Paris n'est pas simple, mais ça ne peut pas être pire qu'à Kaboul. Comme la plupart des familles, celle de A. espère qu'il réussira bientôt à leur envoyer un peu d'argent, et que les dettes seront vite remboursées. De l'autre côté, il est souvent bien difficile d’avouer à sa famille combien le combat pour l’intégration peut-être long. Alors il faut mentir, un peu. Sauver la face. Dire que la vie n’est pas si mal en Europe. Que oui, ça valait le coup. Même au risque que cela en pousse d’autres à prendre la route. D’ailleurs, un ami, croisé à plusieurs reprises lors du voyage, vient de téléphoner à A. : il est à la gare, il vient d’arriver, où se trouve le parc exactement ?

 
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La famille de B., Herat, Afghanistan.

 
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B., square Villemin, Paris.

B. est arrivé dans le parc trois mois avant notre recontre, au printemps 2009.
Il travaillait pour une ONG internationale, à Herat, dans l’ouest de l’Afghanistan. Menacé par les talibans, il a fui en Europe. Sa femme n’a pas pu rester longtemps à Herat non plus, elle est maintenant en Iran. Le voyage vers l’Europe était trop coûteux pour les deux.

“Je n’aurais jamais imaginé à quel point le voyage serait si difficile. Jamais. Et au final, Paris, ce n’est pas vraiment mieux que Kaboul. Nous sommes des mendiants, ici, nous autres. A t-on le choix ? On ne nous donne pas les papiers pour travailler. Si j’avais su, je serais peut-être resté en Afghanistan ».

 
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F., foyer pour mineurs, Boissy-Saint-Léger

F. est arrivé sur les pelouses du parc Villemin à 15 ans à peine. Mineur, il a d’abord été hébergé en hôtel puis placé dans un foyer, en banlieue parisienne, et est scolarisé.

Sa famille habite dans le Laghman, une région pachtoune située à l’est de l’Afghanistan. Son père, Lutfullah, me dit : « cela fait vingt-cinq ans que j’ai ma kalachnikov. J’ai grandi avec les armes. Après le poste de police situé le long de la route principale, il n’y a plus de sécurité. Chacun assure sa propre sécurité dans le village ».Les talibans voulaient recruter F., c’est pour cela que son père l’a envoyé à l’étranger. Il a emprunté de l’argent à des proches, a vendu quelques-unes de ses terres pour financer le voyage de son fils jusqu’en Europe. Il se rassure : « F. a l’air d’être heureux quand il nous téléphone. Tous les quinze jours environ. Une association s’occupe de lui, lui donne dix euros par jour. Il a une chambre, dans un hôtel, à Paris ».

 
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A., square Villemin, Paris.

 
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Mère de A., Kaboul, Afghanistan.

La famille de A., qui habite en banlieue pauvre de Kaboul, l’a envoyé il y a un an tenter une vie meilleure en France car elle ne voyait pas comment faire autrement. Ils vivent à dix dans une pièce unique qui leur sert de maison. Le père part tous les matins chercher du travail au bazar ; le frère aîné a travaillé pendant un temps dans une ONG, mais il n’arrive plus à trouver de travail. Lui aussi voudrait partir, s’il avait les moyens. Il se doute bien que la vie de son frère à Paris n’est pas simple, mais quand même mieux qu’à Kaboul.

Comme la plupart des familles, celle de A. espère qu’il réussira bientôt à leur envoyer un peu d’argent, et que les dettes seront vite remboursées. Mais durant l’été 2009, ainsi que près de trois cent autres Afghans, A. dormait dans le square Villemin dont l’accès la nuit
a depuis été interdit aux Afghans par la mairie de Paris. A. a entamé la démarche pour demander l’asile, mais tant qu’il n’a pas la réponse et des papiers, il ne peut pas travailler en France. Il ne peut pas rentrer chez lui non plus. Sa famille a placé trop d’argent dans ce voyage.

 
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K., square Villemin, Paris.

Quand j’ai rencontré K. en juillet 2009, il avait 17 ans, et était arrivé dans le parc Villemin, à Paris, quelques semaines auparavant. Il avait mis un an pour venir jusqu’ici, et avait décidé de poser ses valises ici. Il voulait juste « pouvoir avoir des amis, marcher librement dans la rue, étudier, pour travailler ensuite ».
Originaire du Nangarhar (une région pachtoune, située à l’est de l’Afghanistan), sa famille, proche d’un parti islamiste s’est attirée beaucoup d’ennemis dans la région. Il a décidé
de fuir «pour se sauver lui-même» avant tout. Il ne lui reste plus grand chose de toute manière, à Behsoud, son district. Ses deux parents sont morts, assassinés tous les deux
dans leur maison en raison de leurs activités politiques. Ce sont ses oncles et cousins qui s’occupent dorénavant de ses deux jeunes frères et de sa sœur. Imran son cousin de 20 ans, pensait qu’en France, un si « grand » pays, la vie serait facile, que son cousin s’intègrerait rapidement, qu’il pourrait travailler et être indépendant. Les gens, les voisins qui ont des fils à l’étranger, disent beaucoup de choses sur l’Europe, la France. Mais cela n’a pas l’air d’être aussi simple. K. est honnête quand il téléphone : il dit qu’il est un peu triste, qu’il ne peut pas encore travailler, qu’il n’arrive pas à obtenir de place pour un logement. Palawan, le petit frère, pense souvent à son frère, il se dit que K. va étudier en France et qu’il va ensuite revenir pour aider son peuple.
La situation de K. à Paris s’est peu à peu améliorée au fil des mois : il a d’abord obtenu une place dans un hôtel, puis dans un foyer, est scolarisé et a un petit pécule qui lui est versé
tous les mois par l’Aide Sociale à l’Enfance.

 
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Soeur de K., Nangarhar, Afghanistan.

 
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K., square Villemin, Paris.

 
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Mère de M., square Villemin, Paris.

 
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M., square Villemin, Paris.

M. est passé l’été 2009 par le parc Villemin. Il n’y sera resté que quelques semaines : il a réussi, depuis, à rejoindre l’Angleterre, où l’attendaient des membres de sa famille, déjà installés. La famille de M. habite dans le Nangarhar : son père travaille pour une ONG bengali, il est « Community Health Superviser » : il conseille une communauté de 100 femmes. Il a aussi une petite pharmacie dans le bazar.

M. a ses diplômes : il a étudié l’anglais et l’informatique. C’est pour cela qu’il avait été embauché comme traducteur par un architecte japonais qui travaillait dans la région, sur un projet d’assainissement des eaux. L’ingénieur a été kidnappé puis assassiné par les insurgés talibans, durant l’été 2008 : le père de M. a décidé de l’envoyer à l’étranger car sa vie était en danger ici, et ce sont les membres de sa familles installés en Grande-Bretagne qui ont aidé à financer le voyage.

 
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L., foyer Emmaüs, Paris.

A l’été 2009, L. a 29 ans, il est logé dans un foyer Emmaüs à Paris. Il a une femme et deux fils (1 an et demi et 4 ans et demi) à Pol-e Khumri, dans la province de Baghlan. Baghlan, située dans le centre nord du pays. Baghlan est la province qui avait été frappée par les plus violents incidents le jour de l’élection présidentielle de 2009 : des rebelles avaient donné l’assaut sur un bureau de vote. Après l’assassinat de sa fille, encore bébé, L. a décidé de s’exiler en France en février 2009, pour protéger sa famille. « J’avais tout en Afghanistan. Une maison, un travail, de l’argent, une voiture, une femme... pourquoi serais-je venu en France si je n’avais pas de bonnes raisons ? Qui voudrait perdre tout cela ? » me confie t-il.

L. vivait avec sa femme, ses enfants dans la maison familiale. Ainsi qu’avec ses frères, leurs enfants, la seconde femme du père de L. (veuf, il s’est remarié) : une vingtaine de personnes au total vivent sous le même toit. Le père de L. a une boutique de change, depuis dix-huit ans, dans une galerie du centre ville: « le business va très bien. On a la plus grande boutique de la galerie ». Ses fils l’aident à la boutique, mais il a aussi un employé. Sa maison est située en ville : « ici, c’est sûr. Mais si on fait 1 km en dehors de la ville, la nuit, les talibans font la loi ».

 
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Frères de L., Baghlan, Afghanistan.