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Paris / Kaboul

A Paris, des centaines de jeunes afghans gravitent autour du square Villemin. Situé à proximité des gares de l’Est et du Nord, le parc est un endroit stratégique, à la fois lieu de sociabilité et point de chute.

Certains, en transit, y attendent le train ou le camion qui va les conduire à l’étape suivante : la Grande Bretagne, la Hollande, la Norvège. D’autres, pour qui Paris est la fin du périple, y attendent une place dans un foyer, une réponse favorable à leur demande d’asile, une autorisation de séjour, de travail.
Comme K. Il est arrivé dans le parc quelques semaines auparavant. Il a décidé de fuir son pays avant tout « pour se sauver lui-même » : ses parents ont été assassinés pour des raisons politiques, son rêve est simplement de « pouvoir avoir des amis, marcher librement dans la rue, étudier, pour travailler ensuite ».

A quelques milliers de kilomètres des pelouses du parc, les familles. A quoi ressemblent-elles, ces familles ? Raisons politiques ou économiques de l’exil, peu importe. L’avenir de l’Afghanistan est, quoi qu’il en soit, complexe et sombre.

La famille de A. habite en banlieue pauvre de Kaboul.  Elle a envoyé son fils car elle ne voyait pas comment faire autrement. Son père part tous les matins chercher du travail au bazar ; son frère aîné a travaillé pendant un temps dans une ONG, mais il n’arrive plus à trouver de travail non plus. Alors lui aussi voudrait partir, s’il avait les moyens. Il se doute bien que la vie de son frère à Paris n’est pas simple, mais, ça ne peut pas être pire qu’ici, à Kaboul.

Comme beaucoup d’autres familles, celle de A. espère tout de même qu’il réussira bientôt à leur envoyer un peu d’argent, et que les dettes seront vite remboursées. Mais pas facile d’avouer à sa famille combien difficile et long peut être le combat pour l’intégration. Qui pourrait expliquer cela à sa famille endettée ? Sans décevoir, et surtout sans se sentir honteux de ne pas avoir réussi, ni d’avoir été à la hauteur des espoirs placés en lui ? Alors il faut mentir, un peu. Sauver la face. Dire que la vie n’est pas si mal, en Europe. Que oui, ça valait le coup. Au risque que cela en pousse d’autres à prendre la route. D’ailleurs, un ami, croisé à plusieurs reprises lors du voyage, vient de téléphoner à A. : il est à la gare, il vient d’arriver, où se trouve le parc exactement ?

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