En route pour Farah

Farah et Nimruz sont deux provinces particulièrement difficiles d’accès en Afghanistan : elles forment ce désert frontalier avec l’Iran, au sud-ouest du pays. L’autoroute qui les traverse, la Highway One relie Herat dans l’ouest, à Kaboul, la capitale, en passant par Kandahar, dans le sud. Les autorités afghanes tentent de garder ouverte cette route qu’elles ne contrôlent qu’à moitié. Le tronçon ouest de la Highway One traverse des districts tenus par les insurgés et forme une ligne de front, longeant la frontière iranienne sur plus de deux cents kilomètres.

J’ai encore en tête cette phrase, lorsque notre fixeur nous appelle un matin à l’hôtel : « Are you ready to go to Farah ? ». Dissimulées sous notre burqa, accompagnées de la femme de notre fixeur et de ses enfants, escortées puis logées par la police, nous partons pour un reportage qui s’apparentera finalement à un road trip dans le far-west afghan. Initialement prévu en une journée, le voyage durera trois jours. J’ai beau avoir pris toutes mes cartes mémoires et batteries, je n’ai pas mes chargeurs avec moi et sais que je vais devoir composer, compter mes images, me réfréner en quelque sorte, alors que c’est toute l’essence de Afghanistan qui s’offre à moi ! Les Marines peinent à former une police de la route sous-équipée. Un contractor américain, quant à lui, tente tant bien que mal de communiquer avec ses homologues afghans. Le Mollah Serajuddin, commandant Taliban de la région, affirme recevoir de l’aide de pays musulmans, notamment de l’Iran voisin. Il précise que ce n’est pas « officiel », mais que leurs services secrets fournissent des armes et entraînent de futurs combattants dans des camps iraniens. L’information est confirmée par le sous-gouverneur, barricadé dans ses bureaux, à Delaram. Les passeurs de clandestins se plaignent de ne pas avoir le choix : il n’y a pas de travail, que pourraient-ils faire d’autre que d’aider ceux qui veulent aller travailler de l’autre côté de la frontière ?

Je prends la dernière photo à la porte de la ville d’Herat, sur le chemin du retour, et mon appareil s’éteint au même moment, les batteries à plat.

Voir les photos