sandra calligaro / photographe
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Les héroïnomanes du squat de Dehmazang - Kaboul - 2007 / 2008

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L’Afghanistan est le premier pays producteur d’opium, couvrant 90 % de la production mondiale. L’an passé, 8200 tonnes ont été produites. L’opium représente 50 % du PIB du pays, fait travailler 12 % des Afghans et contribue en partie au financement des Talibans et autres insurgés.
Au-delà de son statut de producteur, le pays se découvre aussi consommateur. Selon une étude du Bureau des Nations Unies contre la Drogue et le Crime, sur le million de consommateurs réguliers de drogues en Afghanistan, on compterait 200 000 usagers d’opiacés dont 50 000 d’héroïne.

L’histoire de l’héroïne en Afghanistan, c’est avant tout le reflet d’un pays meurtri par 30 ans d’incessants conflits ; c’est avant tout l’histoire de ses réfugiés. Revenus dans leur pays d’origine à la faveur d’une expulsion le plus souvent, les returnees ont introduit l’héroïne et les pratiques à risque qui se propagent maintenant au sein du reste de la population. Tandis qu’en province l’opium continue traditionnellement de se fumer, les injections d’héroïne par intraveineuse sont apparues à Kaboul. Et avec elles, la propagation du Sida, inexistant jusqu’alors.
Plusieurs centaines d’entre eux ont élu domicile dans les ruines d’un ancien centre culturel soviétique, dans le quartier de Dehmazang, à l’ouest de Kaboul, transformé en squat depuis. Les histoires se mêlent, et se répètent. Tous arrivent d’Iran, tous se sont laissés entraîner dans le piège de la poudre blanche lors de leur exil dans ce pays voisin par lequel l’héroïne transitait et qui est classé comme le premier consommateur mondial d’opiacé (près de 3 % de la population). Tous y ont été expulsés car ils n’avaient pas ou plus de titre de séjour, mais surtout parce qu’ils étaient drogués. Jour après jour, ils sont de plus en plus nombreux. Le squat devient un véritable refuge pour ces Afghans qui débarquent dans leur pays sans rien, ayant du laisser leur famille derrière eux, et avec le fardeau de la dépendance en plus.

Au grès des saisons, la vie dans les pièces sombres du squat s’organise, s’arrête aussi parfois, l’héroïne maîtresse du jeu donne le tempo, offrant un piètre réconfort dans un Afghanistan meurtri, et victime d’un retour fort de l’insurrection. Et comme en réponse aux espoirs de paix et de vie meilleure qui s’estompent dans le pays, le nombre d’usagers continue d’augmenter d’année en année. Car, tout comme pour les usagers du monde entier, la drogue sert aux Afghans de refuge.